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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 17:48

NOUS AVIONS TROUVE LE TEXTE, IL NOUS MANQUAIT LE SON ET L'IMAGE, C'EST CHOSE FAITE, GRÂCE A NOTRE AMI GERARD, AUTHENTIQUE CHAISSOU D'EFFORG, ET FIN CONNAISSEUR DU PATOIS MORVANDIAU, QUE NOUS REMERCIONS VIVEMENT !

S’agit-il d’un conte de Noël, il y est bien question d’un âne ? Ou plutôt de l’Epiphanie, ne parle t’on pas du roi mage Gaspard ? Mais non, c’est une histoire de chasseurs, et elle se passe à Blanot, ou plus précisément dans le hameau d''Effours.

Ecrit par Louis Coiffier, qui fut instituteur à l'école de Jonchères (Blanot), ce texte a été publié dans une revue à Arnay-le-Duc en 1930. A côté des chasseurs de Blanot, on y trouve bien sûr le dindon de la farce : le parisien ! C’est écrit en morvandiau ; l’association « Langues de Bourgogne » donne quelques conseils pour la bonne compréhension : lire lentement et si nécessaire à haute voix en tentant de saisir le sens général du texte ; relire en se reportant, si nécessaire, au glossaire situé après le texte.

L’ÂNE DU GAISPARD

Le tor qui vas vos raicontait ot airivait ai Blanot a yé eune dizaigne d'an-nées.

C'étot aipré lai guerre. Les sanguiers dévouèraint tot ce qu'a y évot dans les champs; les chaissous s'étint réunis et totes les semaingnes on mégeot eun couéchon sauvaige chez le Batisse vou bin chez l'Alice d'Efforg.

Le Flour, que vos connaichez bin teurtout, étot le lieutenant, peu le grand Lucien, le piqueur.

On évot trois chiens, qu'étint les moueillous de lai contrée pour ailait qu'ri les sanguiers n'impourte laivou qu'al étins : le Ramaneau, le Cyranô et peu le Vanneau. Y vos garantis que quand qu'al étint a derré d'eun couéchon, c't'iquite feusot.

C't'an-née laite, a l'étot v'ni eun Parisien d'aivou ein fusil ai trois coups.A diot que d'aivou c't'airme-laite qu'a n'aivot po de ran, pasqu'a y évot eun coup pou les jacques, eun coup pou les yèvres et peu l'aute pou les grousses bétes.

A laichot moinme crouère qu'al évot été en Afrique et qu'a y évot chiaissé les lions ! Ah ! mon vieux, a feillot l'entende !

Tot pou eun beas jor, voiquit mon Parisien que devole lai montée en queuriant : « Alerte ! Alerte ! Un sanglier gros comme une vache ! Je l'ai vu vers le bois du Piarsot. »

Le Flour réuniché tot son monde. On se plaicé dans les paissaiges, le Parisien se metté en côtait du Flour, les autes ai l'entor du bos. Le grand Lucien rentré dans le fourré d'aivou les trois chiens. Tot pou ein coup, on entendé les chiens beiller de lai voix. « Aittention, aittention ! » que crie le grand Lucien, çai démarrot tot drouet su le Flour. A vié les genétes croulait, a met en joue. Au moinme moment qu'al ailot tirer, a recounat l'an-nimau et les bras l'y en choyèrent.

C'étot l'âne que bramot atant que si vos l'aivint écorché.

Et l'âne, les chiens au daré, traiverse Effourg en fiant eun breut de tos les diables. Vos érins croyut que c'étot lai fin du monde ! Le Parisien, qu'l'âne aivot bosqueulait en paissant, étot choué le daré dans les broussailles et a se relevé pu bianc qu'un fromaige. Les autes chiaissous se raimeulèrent, les uns jeurint, les autes se beurdoulint en devolant chez l'Alice pour bouère un cop.

Le mate d'école, qu'étot d'aivou no, dié : « A faut envié chaircher le pére Gaispard. »

Mas on n'eut pas besoin de se déringer. Le père Gaispard aivot vu l'âne poussigué pou les chiens et al avot couri d'aivou sai trique. Al aivot chaivit pair raittraipait sai bourrique et pair époulvauder lai meute. A s'aimenot d'aivou sai trique et a velot tuer le Parisien.

On parvené ai l'aipayer et le Mate d'école dié : « Cheurtez-vos, pére Gaispard, y ailons juger le délinquant.

Voiqui : le Parisien ost coupable. Y le condamnons ai payer dix lites, et qu'ment que l'Alice é mettu les greilles su le feu pour fare queure lai couérée, qui ne mégeront pas aujed'heu, y le condamnons encouère ai payer dix crépais et eune bouéte de poumade pou graicher le daré de l'âne que les chiens ont dévouéré. »

Tot le monde aipplaudiché et le Flour dié ai son tor : « Le pére Gaispard vai se cheurter vé le mate d'école que nos chantéré lai chanson qu'al é faite su les Chiaissous de Sanguiers. »

On beuvé, on chanté, et le pére Gaispard, i m' cho ému, chantot tot qu'ment les autes et on rié tellement qu'on pairle encouère de c'tornée laite ai Blanot.

Glossaire :

sanguiers = sangliers / chaissous = chasseurs / Efforg = Effours (hameau de Blanot) / teurtout = forme superlative de « tous » / moueillous = meilleurs / qu'ri = quérir, chercher / laivou = où / derré = derrière / c't'iquite = celui-ci / feusot= filait vite / d'aivou = avec / po de ran = peur de rien / jacques = geais / yèvres = lièvres / laichot = laissait / eun beas jor = un beau jour / devole = dévale, descend / bos = bois / beiller = donner / genétes = forme féminine de « genêts » / croulait = remuait, bougeait / bramot = braillait, criait / breut = bruit / vos érins croyut = vous auriez cru / étot choué = était tombé / daré = derrière / se raimeulèrent = se rassemblèrent / poussigué = poursuivi / al aivot chaivit pair = il était parvenu à / époulvauder = disperser, repousser / aipayer =apaiser / cheurtez-vos = asseyez-vous / greilles = lardons / queure = cuire / couérée = désigne, selon les secteurs, un repas de chasse ou diverses entrailles de l’animal (poumons, foie) / crépais = grosses cèpes / dévouéré = dévoré, déchirer / i m' cho = un peu.

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Published by lesamisdelaplaine-blanot21
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commentaires

onique Martin 03/01/2015 16:36

marci grandement, yai bein r'i, y seu cheurtée, en fraumen les oeillots y vois tote lai chiaisse. Y va m'en raipelai, ço seure! La Monique du Clément.